Presbytie : et si une goutte assouplissait le cristallin ?

Picture of the author Mamisoa Andriantafika par Mamisoa Andriantafika

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Nous avions déjà évoqué les collyres à base de pilocarpine, qui rétrécissent la pupille pour gagner en profondeur de champ et faciliter la vision de près. Une équipe de chercheurs explore aujourd'hui une piste très différente : au lieu de contourner le problème, elle cherche à le corriger à la source, en assouplissant le cristallin qui a durci avec l'âge.

L'idée est séduisante, mais il faut le dire d'emblée : cette approche reste au stade de la recherche. Elle n'est disponible nulle part, et même les collyres de pilocarpine ne sont pas encore commercialisés en Europe. Cet article fait le point sur cette nouvelle voie, présentée au congrès d'hiver de l'ESCRS 2026 à Helsinki.

Pourquoi le cristallin durcit

La presbytie touche presque tout le monde après 40 ans. Sa cause principale est bien connue : le cristallin, la lentille naturelle de l'œil, perd progressivement sa souplesse. Or c'est justement cette souplesse qui lui permettait de se bomber pour faire la mise au point de près.

Au niveau chimique, ce durcissement vient de liaisons qui se créent peu à peu entre les protéines du cristallin, notamment des ponts disulfure. Ces liaisons rigidifient la lentille année après année. L'hypothèse de recherche est simple : si l'on parvenait à empêcher ou à défaire ces ponts, on pourrait rendre au cristallin une partie de son élasticité perdue.

Défaire les ponts chimiques qui rigidifient le cristallin pourrait lui rendre son élasticité d'origine.

Deux collyres, deux logiques

La pilocarpine masque la presbytie ; assouplir le cristallin viserait à la corriger.

La molécule au cœur de cette recherche est l'acide lipoïque, un antioxydant capable de réduire les ponts disulfure qui se forment dans un œil qui vieillit. Elle ne joue pas sur la pupille comme la pilocarpine : elle agit sur la matière même du cristallin pour lui rendre de la souplesse.

La différence entre les deux stratégies est fondamentale. L'une soulage le symptôme, l'autre s'attaque à la cause. Le tableau ci-dessous les compare.

Approche Mécanisme Ce qu'elle vise Statut
Pilocarpine Rétrécit la pupille, effet « sténopé » Le symptôme : gagner en profondeur de champ Approuvée aux États-Unis, pas en Europe
Acide lipoïque Réduit les ponts disulfure du cristallin La cause : redonner de la souplesse à la lentille Recherche, non disponible

Ce que montre la recherche

Les premiers travaux ont été menés chez la souris. Des cristallins âgés, mis en contact avec de l'acide lipoïque, ont vu leur taux de protéines liées par des ponts disulfure diminuer, avec un gain d'élasticité proportionnel à la dose. Restait un obstacle de taille : faire pénétrer la molécule assez profondément dans l'œil.

Les chercheurs ont donc conçu une forme modifiée, un ester de choline de l'acide lipoïque, capable de traverser la cornée et de libérer le produit à l'intérieur de l'œil. Chez des souris âgées, ces gouttes ont nettement augmenté l'élasticité du cristallin par rapport aux yeux non traités. C'était la première preuve, chez l'animal vivant, que le durcissement lié à l'âge est réversible. Chez l'humain, en revanche, les résultats sont plus contrastés, comme le résume le tableau suivant.

Chez l'animal, une goutte a suffi à rendre au cristallin durci une part de son élasticité.

Étape Résultat
Souris (préclinique) Élasticité du cristallin restaurée, effet proportionnel à la dose
Essai de phase 1/2 53 % des patients traités gagnent plus de 10 lettres de vision de près, contre 22 % sous placebo ; effet persistant 5 à 7 mois
Essai de phase 2 Pas de bénéfice significatif sur un groupe plus large ; programme interrompu malgré une bonne tolérance

Un revers, puis une relance

Les chercheurs ne parlent pas d'abandon, mais de recalibrage : le principe reste plausible.

Pourquoi ce revers ? Selon les chercheurs, l'effet biologique existe bel et bien, comme le montrent le gain d'élasticité et l'amélioration de la vision de près observés plus tôt. Le point faible se situerait plutôt du côté de la formulation, c'est-à-dire de la capacité du produit à pénétrer suffisamment et de façon régulière dans l'œil.

D'où une relance de la recherche autour d'un nouveau composé, le CLX-162, qui associe l'acide lipoïque à la pilocarpine. L'idée est d'obtenir à la fois un effet immédiat, par le rétrécissement de la pupille, et un effet de fond, par l'assouplissement du cristallin. Les premiers essais chez l'animal sont jugés encourageants, mais nous en sommes toujours au tout début.

Disponible en Europe ?

Il faut rester lucide sur le calendrier. Aux États-Unis, plusieurs collyres sont déjà approuvés pour la presbytie, à base de pilocarpine ou d'aceclidine. En Europe, aucun de ces produits n'est encore disponible en pratique courante. L'assouplissement du cristallin par l'acide lipoïque, lui, se situe encore un cran plus loin : il n'a jamais dépassé le stade de l'essai clinique.

Autrement dit, la goutte qui corrige la presbytie reste, pour l'instant, une promesse de recherche plus qu'une réalité de cabinet. À ce jour, les solutions éprouvées demeurent les lunettes, les lentilles et, dans certains cas, la chirurgie. Nos consultations d'ophtalmologie à Uccle permettent de faire le point sur les options réellement adaptées à votre œil.

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Une belle piste, mais pas encore un traitement : la prudence reste de mise.

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